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A changing French community: Junior high students attending École publique Gabrielle-Roy get ready to go home with their report cards. The K–12 school in the heart of Edmonton’s French neighbourhood is likely "the most multicultural francophone school west of Toronto," says Principal Jean-Daniel Tremblay.
Photos by Yuet Chan
Les immigrants qui parlent le français sont les bienvenus en Alberta, et depuis plusieurs années ils sont nombreux à choisir d’intégrer dès leur arrivée la communauté franco-albertaine dont ils changent peu à peu la composition et le caractère. Beaucoup sont originaires d’Afrique, quelques-uns des Caraïbes ou du Moyen-Orient. À leur arrivée, ils ont peu en commun avec leur communauté d’accueil. Bien qu’un grand nombre d’entre eux soient multilingues, ils ne parlent parfois pas l’anglais et s’expriment différemment en français. D’autre part, beaucoup ne sont pas catholiques. Enseignants, écoles et conseils scolaires ont dû rapidement s’adapter et tout mettre en œuvre pour servir et retenir ces familles venues enrichir et revitaliser la francophonie albertaine.
Pour Abigail Lawrence, la diversité culturelle de ses élèves est un atout formidable.
Abigail Lawrence, enseignante depuis six ans à l’école publique Gabrielle-Roy d’Edmonton, incarne bien cette nouvelle génération de Franco-albertains. Comme beaucoup d’immigrants, et comme ses parents avant elle, elle a transité par plusieurs points sur le globe avant de s’installer ici. Née en Angleterre, elle a vécu en France, puis à Ottawa et Montreal. Arrivée à Edmonton il y a 10 ans, elle a choisi de faire des études en éducation au Campus Saint-Jean. Aujourd’hui elle enseigne avec dynamisme le français, l’anglais et les études sociales au niveau secondaire à des élèves en majorité issus, comme elle, de la nouvelle vague d’immigration francophone de ces 15 dernières années. Pour elle, la diversité culturelle de ses élèves est un atout formidable dont tout le monde profite.

Le directeur de l’école, Jean-Daniel Tremblay, explique que lorsque l’école a ouvert ses portes, en 1997, elle ne comptait qu’une poignée d’élèves issus presque exclusivement de la vague d’immigration européenne et québécoise du début du siècle dernier. Mais la transformation a été rapide, comme l’atteste les photos au mur du couloir principal : d’année en année les effectifs scolaires révèlent une diversité culturelle grandissante. L’école compte aujourd’hui près de 300 élèves, et ce n’est pas sans une pointe de fierté que M. Tremblay lance « Gabrielle-Roy est sans doute l’école francophone la plus multiculturelle à l’ouest de Toronto! ». L’école secondaire catholique, Maurice-Lavallée, du même quartier compterait elle aussi une forte proportion d’élèves issus des minorités visibles.
Bien que rattachée au Conseil scolaire Centre-Nord qui gère principalement des écoles catholiques (11 au total), Gabrielle-Roy attire des familles d’autres croyances religieuses et celles qui souhaitent simplement que leurs enfants reçoivent une éducation en français. Une deuxième école publique (École À la Découverte) a ouvert ses portes au nord de la ville en 2007 « pour désengorger Gabrielle-Roy »; une troisième ouvrira peut-être bientôt. Par contre, au sud de la province, c’est une majorité d’écoles publiques, neuf au total, qui ont ouvert leurs portes ces dix dernières années au sein des communautés francophones. En effet, Calgary accueillerait maintenant à elle seule chaque année près de la moitié des immigrants francophones qui arrivent en Alberta.
De nombreux et volumineux rapports sur l’immigration francophone en Alberta sont disponibles en ligne, mais les statistiques et énoncés qu’ils renferment prêtent parfois à confusion. Somme toute, les chiffres dont ils font état sont faibles comparés à ceux de l’immigration anglophone. En effet, jusqu’en 1992 Citoyenneté et Immigration Canada n’a pas particulièrement privilégié l’immigration francophone en Alberta alors que l’assimilation des Franco-albertains de souche allait bon train. Pour rectifier la situation et renforcer la dualité linguistique canadienne, le nombre d’immigrants d’expression française qui venaient alors principalement du continent africain a soudainement doublé. Les jeunes écoles francophones ont dû faire face à d’importants défis, car pour survivre elles s’étaient attachées à leurs racines et à leurs valeurs canadiennes-françaises.
Interrogé sur les tensions qui ont pu exister il y a quelques années, M. Tremblay répond qu’elles ont disparu à Gabrielle-Roy. Le fort pourcentage d’élèves issus des minorités visibles ne pose pas de défis particuliers à la direction ou aux enseignants. Il n’y aurait pas de problèmes non plus au niveau des rapports entre les élèves d’origines ou de milieux différents. Tout le monde se connait et s’entend parfaitement. « On est chez soi à Gabrielle-Roy! » Ses propos font écho à ceux de Mme Lawrence, visiblement heureuse auprès de ses élèves et de sa communauté d’adoption. Pour donner un exemple de l’ouverture d’esprit de plus en plus grande de la direction, M. Tremblay ajoute que parce que beaucoup de familles pratiquent la religion islamique, l’école recherche actuellement un professeur qualifié pour répondre à ce besoin identifié par les parents.
L’École Gabrielle-Roy, qui rappelons-le aura 15 ans en septembre prochain, pourra donc servir de modèle semble-t-il aux animateurs du secteur Perfectionnement professionnel de l’ATA qui se déplaceront bientôt dans les écoles intéressées, qu’elles soient francophones ou d’immersion, pour donner son nouvel atelier intitulé Ici, tout le monde est le bienvenu. Cet atelier, récemment traduit en français, est le fruit du travail du Diversity, Equity and Human Rights Committee de l’ATA. Son objectif est d’aider les enseignants à accueillir véritablement TOUS leurs élèves, quelle que soit leur race, langue, religion, orientation sexuelle et autres caractéristiques, pour que chacun se sente, comme à Gabrielle-Roy, « chez soi » dans son école.
• En 2006, 26% des francophones de moins de 15 ans étaient membres d’une minorité visible, contre 16% pour les jeunes anglophones.
• Étant donné son taux d’assimilation actuel, il faudrait, pour maintenir son poids démographique proportionnel, que la communauté francophone augmente progressivement chaque année le nombre d’immigrants d’expression française qu’elle accueille pour passer de 200 en 2010 à 1 000 à compter de 2025.
• En 2009-10, 5 550 élèves « ayants droit » étaient inscrits dans les 35 écoles des 5 conseils scolaires francophones albertains, dont près de 2 500 au seul Conseil scolaire Centre-Nord.
» étaient inscrits dans les 35 écoles des 5 conseils scolaires francophones albertains, dont près de 2 500 au seul Conseil scolaire Centre-Nord.